Motocyclette Faret,1927

Modèle GF1

Moteur : monocylindre deux-temps

Cylindrée : 175 m3

Transmission par courroie à la roue arrière

Boîte de vitesse : 2 rapports

Fourche : à poussée

Allumage : à magnéto

Vitesse de roulage : 50 km/h

Provenance : collection particulière

Acquise par l’Association des amis du musée d’Aquitaine en 2018 qui a financé sa restauration par Clément Brouzes.

 

Inv. 2019.1.1

Les premières machines pour se déplacer sur deux roues ont été inventées vers 1790 ; la bicyclette proprement dite est, elle, mise au point au début de la seconde moitié du XIXe et recevra ensuite des perfectionnements constants. L’adjonction d’un moteur sur un châssis de bicyclette ordinaire donna ainsi naissance à la bicyclette à moteur. Il faut cependant distinguer celle-ci, qui reste utilisable comme simple bicyclette si on enlève son moteur, de la motocyclette qui est conçue pour ne rouler qu’avec son moteur placé à l’endroit du pédalier.

La circulation des motocyclettes est rapidement soumise à un ensemble de règlements et formalités. Tout d’abord, un examen pratique et théorique pour obtention du permis de conduire (Carte Rose), une déclaration à la Préfecture (Carte Grise) et l’attribution d’un numéro d’immatriculation. Deux plaques d’immatriculations à chiffres blancs sur fond noir, doivent être fixées, une à l’arrière et l’autre à l’avant. Les vélocipèdes, avec ou sans moteur, sont également assujettis à une taxe payée dans les recettes buralistes contre la remise d’une plaque spéciale de circulation qui doit être fixée sur le cadre.

Et enfin, le code de la route (décret du 27 mai 1921) stipule que tout propriétaire est tenu de faire apposer une plaque métallique portant en caractères lisibles ses noms, prénom et domicile.

 

Les Faret originaires de Nantes où ils étaient charpentiers de navires au XVIIIe s, se sont installés dans le Béarn. Gabriel, né en 1882 d’un père batelier sur la Garonne, arrive à Bordeaux à la fin du XIXe s. Il apparaît sous la mention de mécanicien dans les années 1905 (Archives Commerciales de la France). Il possède alors un garage au 31 Cours Saint-Jean (actuel cours de la Marne). Quelques années plus tard, en 1909, il est cité comme fabriquant de cycles.

A cette activité s’ajoute celle de vendeur de machines à coudre, voitures d’enfants et armes. Ces activités sont généralement liées, comme en témoigne le titre de la publication Annuaire Général de la Vélocipédie, des machines à coudre et des industries qui s’y rattachent.

Les ateliers Faret sont alors installés 7, 8 et 10 rue Moreau, juste à l’arrière du bâtiment abritant le magasin et les bureaux aux 29 et 31 cours Saint-Jean. Gabriel Faret ouvre ensuite un autre magasin d’exposition, 224 rue sainte-Catherine (act. entrée secondaire du lycée Montaigne).

Avant de déménager de l’autre côté de la place de la Victoire, 69-71 Cours Pasteur.

Au début, Gabriel Faret est constructeur de cycles et sa production a beaucoup de succès car il fabrique une fourche spécifique, très solide, constituée de deux tubes associés. Lorsqu’il se lance dans la production de motocyclettes qui nécessite des tubes de calibre différent, il assemble des éléments venant de divers constructeurs. À Bordeaux, seule la marque Motobloc fabriquait tous ses éléments. Les premières motos Faret sortent de ses ateliers en 1927 et cette production restera très limitée.

Notre motocyclette est un modèle GF1. Ici, il assemble un moteur de la marque Moussard et une boîte à deux vitesses fabriquée par Albion. La position du réservoir, entre le tube supérieur et l’entretoise, donne à ce modèle le nom « d’entre tubes » et c’est l’un des derniers exemplaires de cette fabrication qui cèdera ensuite la place au réservoir « en selle ». Pour les pneumatiques, il faisait généralement appel à Russell pour équiper ses vélos. Il produira un autre modèle, GF2, dont aucun exemplaire n’est connu.

Les premiers vélos Faret portaient un logo reporté, fragile, puis une plaque émaillée avant de recevoir, comme ici, une plaque de cadre en laiton gravé, peint en noir puis poncé pour faire apparaître les lettres dorées. Sur la plaque, se distinguent quatre trous préparés. Seulement deux (en haut et en bas) sont percés pour les motocyclettes alors que sur les vélos, la plaque est fixée avec quatre vis. Si le premier logo représentait un coq dominant les initiales GFJ (Gabriel Faret Jeune) sur les rayons d’une roue de vélo, c’est ensuite un isard bondissant, allusion aux Pyrénées, qui sera l’emblème de la marque.

La production de motocyclettes reste rare comparée à celle des cycles, activité qui fera la réputation des établissements Faret. La presse se fait l’écho des succès des coureurs participant aux compétitions sur vélo Faret et pneumatiques Russell. Ainsi en 1913, lors du premier Paris-Bordeaux, quatre coureurs sont engagés sur Faret-Russell dont Lagûe qui arrive en quatrième position. En 1921, ce sont trois coureurs, Cantou, Fontan et Piquemal qui se distinguent lors du circuit du Marensin ; Fontan collectionnera les victoires sur son vélo Faret comme Beffarat en 1924 sur le sixième circuit de Paris.

Selon les sources familiales, Gabriel Faret fut l’un des premiers sponsors du Tour de France et l’organisateur de la course de vélo Bordeaux-Arcachon qui passait devant sa villa du Canal à la Hume. Dans cette propriété, achetée en 1917, Gabriel Faret recevait les personnalités de passage. C’est là que, en tant que président d’honneur du syndicat d’initiative La Hume-Meyran, il organisa une fête mémorable pour commémorer l’affiliation à l’Union des Fédérations des Syndicats d’Initiatives de France, des Colonies et Protectorats en 1927, fête qu’il réitèrera en 1928 et 1929.

À cette époque, Gabriel Faret est également connu comme fabricant de cirés et d’imperméables. Complétant la gamme sport et chasse, il s’est lancé dans la fabrication de vêtements conçus pour affronter la pluie et crée les premières pèlerines en coton caoutchouté pour faire du vélo. En 1925, il déménage son atelier de confection du 10 place Amédée-Larrieu au 7 rue d’Alembert où il fait venir des tissus manufacturés par la Société Chimique du Caoutchouc, installée à la Plaine Saint-Denis.

Aujourd’hui encore, les inscriptions sur la façade témoignent de son activité.

C’est l’activité textile qui perdurera après sa mort en 1942, lorsque sa seconde épouse, Lucette, prend la direction de l’entreprise. Leur fils Michel (né en 1932) entre dans l’entreprise dans les années 50 et lui donnera une grande expansion dans les années 70, employant alors jusqu’à 500 ouvriers dans son usine d’Artigues.

Cette motocyclette, restaurée par Clément Brouzes qui a obtenu en 2016 le Grand Prix Motul-Fondation de France pour la restauration d’un modèle de 1927, est un témoin précieux d’une production rare. C’est un exemple d’une petite production industrielle bordelaise du début du XXe dont le nom du fondateur se perpétue aujourd’hui, au-delà de nos frontières, dans le monde de la mode avec son petit-fils Daniel.

Catherine Bonte