Pierre de LANCRE : Tableau de l'inconstance des démons, magiciens et sorciers. Buon, 1613. In-4
Le magistrat du parlement de Bordeaux Pierre de Lancre reçut du roi Henri IV mission d’enquêter sur les rumeurs de sorcellerie qui secouaient la petite contrée du Labourd en pays basque. Pendant quatre mois, investi d’une autorité souveraine, il travaille activement à instruire et à juger.
De cette rare expérience, Pierre de Lancre publie la recension quelques années plus tard. Son Tableau de l’inconstance des mauvais anges et demons fut certainement un ouvrage remarqué : publié en 1612, il fit, sans attendre la fin du privilège de six ans, l’objet d’une réédition revue et augmentée dès 1613. Cette nouvelle édition multiplie les additions. Si l’auteur maintient presque inchangées ses références érudites, il approfondit en revanche l’exégèse de sa rare expérience de démonologue, avec le sentiment d’enrichir ainsi cette nécessaire contribution à la connaissance du diable et de ses menées.
De Lancre, en serviteur dévoué de l’État, élabore une démonologie concrète fondée sur une vaste et difficile érudition dont l’index fait voir l’ampleur.
Raoul François Ferdinand Brun (Bordeaux, 1848 – 1898) : Brouillard en rade de Bordeaux
Huile sur toile - 95 x 151 cm.
Exposition : Probablement le n° 99 du Salon des Amis des Arts de Bordeaux, Brouillard en rade de Bordeaux (1200 francs-or)
Provenance : Descendants de l’artiste
photo Edouard Robin
Raoul Brun a été un professionnel assez actif, si l’on en juge par tous les Salons auxquels il a participé : le Salon des Amis des Arts de Bordeaux, ou il montre 35 tableaux de 1869 à sa mort ; le Salon de Paris où il expose chaque année depuis 1883, et presque tous les Salons de province, à Carcassonne, Nîmes, Dijon, Vannes, Boulogne, Rochefort, Lyon, Montpellier, Poitiers, Cherbourg, etc., d’où il repart avec des médailles d’or, d’argent ou de bronze. Les musées d’Agen et de Carcassonne lui ont acheté des tableaux.
Raoul Brun résida toujours à Bordeaux, d’abord au 37, rue Saint-Fort, puis non loin de là au 116, rue de la Trésorerie (rue Albert-Barraud). Son premier professeur fut un certain Lordonn, qui 14 Bordeaux sous la brume : une symphonie en gris n’a guère laissé de traces. Mais en 1873 notre artiste devint l’élève du paysagiste Louis Auguin, maître saintongeais qui avait reçu les leçons de Corot et de Courbet ; puis en 1881 celui d’Amédée Baudit, paysagiste genevois installé à Bordeaux depuis les années 1860. Baudit peignait des compositions spectaculaires où souffle encore le romantisme.
C’est de lui que Brun se montre le plus proche dans notre vue du port de Bordeaux sous un brouillard hivernal, stupéfiant camaïeu de noirs et de gris argentés, nimbé par l’or pâle d’un astre au firmament dont le rayonnement presque surnaturel retombe sur le toit de tuile des hangars et le pavé boueux d’une cale en pente douce. La vue est prise depuis la place de la Bourse, à la naissance d’un quai de pierre construit sous Louis XV pour l’agrément, comme « balcon sur la Garonne », et réaménagé en appontement pour les navires marchands. Des charrettes tirées par des chevaux passent sur le quai où des rangées de barriques attendent leur chargement. La brume transforme les façades urbaines en une masse sombre et indistincte, où l’on situe Saint-Michel, la porte Cailhau et l’hôtel des Douanes grâce aux silhouettes des flèches ou clochetons qui les hérissent.
Les vaisseaux et leurs mâts, les grues, les cheminées d’où s’échappent des fumées, l’enseigne chantournée qui annonce l’entrée du débarcadère, la file des dockers, tout cela forme un étrange théâtre d’ombres et donne à Bordeaux un petit air du Londres de Dickens. La quasi monochromie de cette toile audacieuse, que l’on pourrait qualifier de « grisaille impressionniste », évoque les expériences contemporaines de Whistler ou d’Eugène Carrière.
Plaque de ceinturon - Anonyme - 19e siècle - 7 x 13 cm avec courbure - Arrière avec crochet plat et pontet (sans ardillons).
Plaque de ceinturon en laiton fondu entièrement repris au ciseau et plaquée argent à décor en relief illustrant une scène de combat de La révolte de Saint Domingue.
N° inv. 2025.5.1 photo Lysiane Gautier - ville de Bordeaux
Haïti, l’ancienne colonie de Saint-Domingue,
se soulève dès 1791.
Cette insurrection marque la première révolte d’esclaves ayant mené à leur propre émancipation. Poussés par une irrépressible soif de liberté et de justice, les insurgés finissent par triompher
face aux troupes françaises envoyées en 1802 par Bonaparte.
Cette victoire conduit à la proclamation de l’indépendance haïtienne, le 1er janvier 1804.
Au cœur de cette lutte, Toussaint Louverture adopte des stratégies de guérilla particulièrement efficaces contre les forces du général Leclerc. Il mise notamment sur des attaques éclairs menées par de petits groupes mobiles, parfaitement familiarisés avec les reliefs montagneux et forestiers de l’île. La scène représentée sur cette boucle de ceinturon illustre l’un de ces combats acharnés dans les forêts d’Haïti.
En 1801, la France envoie à Saint-Domingue un corps expéditionnaire d’environ 25 000 hommes sous le commandement du général Leclerc. Il s’agit de rétablir l’autorité de la métropole, en réaction à la Constitution proclamée par Toussaint Louverture. Ce dernier parvient à organiser les insurgés, libérés de l’esclavage, en une véritable armée, qui adopte des tactiques de guérilla en milieu forestier : les embuscades sont montées par de petits groupes rapides et mobiles, connaissant parfaitement le terrain. Cette stratégie s’avère très efficace contre des forces françaises peu habituées à ces opérations ainsi qu’à l’environnement tropical.
La scène représentée sur la plaque-boucle illustre l’un de ces affrontements. On y distingue plusieurs combattants en action : à gauche des soldats français chargeant à la baïonnette et à droite des combattants insulaires qui surgissent du couvert végétal. La violence du combat est soulignée au centre par l’enchevêtrement de soldats tués ou blessés.
L'œuvre est une sorte d’instantané d’un combat précis. Elle reproduit en relief un dessin de Karl Girardet, gravé par Jean-Jacques Outhwaite, qui figure la bataille de la Ravine-à-Couleuvres du
23 février 1802. Cette bataille, remportée difficilement par les troupes françaises, annonce pourtant leur prochain échec en raison de la ténacité des Haïtiens. Elle occupe une place majeure dans
la mémoire de l’indépendance haïtienne conquise de haute lutte en 1804.
Par Christian Block, conservateur chargé des collections médiévales et modernes.
Edouard Collin ( 1906-1983) : Ligne des Antilles - Affiche de la compagnie Générale Atlantique / Paquebot le Colombie
impression sur papier - 99,5 x 56 cm - 1950.
photo Lysiane Gautier - Ville de Bordeaux
Edouard Collin est un peintre né à Meudon en 1906 et mort à Marseille en 1983. Elève de Paul Albert et de Louis Roger.
Il est formé à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris et travaille également dans l’atelier de Maurice Denis. Parallèlement il passe les concours de l’Education Nationale pour pouvoir enseigner : à 21 ans il est major du concours pour l’accès au professorat des lycées et à 22 ans, major à nouveau du concours d’accès à l’Enseignement Supérieur (équivalence agrégation).
A l’école Nationale des Beaux-Arts, après avoir obtenu plus d’une douzaine de médailles d’argent, d’or et de 1er prix, à 26 ans (1932), il reçoit le Grand Prix de Rome, consécration supérieure de l’Ecole.
Avant la guerre, Edouard Collin, outre son travail de peintre, conçoit de nombreuses affiches pour Renault, la Croix-Rouge… et réalise des décors de théâtre. Mobilisé de 1939 à 1940 pendant la « drôle de guerre », il décore au passage le Couvent de Vic s/Seille. Après-guerre, de 1945 à 1949, Edouard Collin s’installe à Antibes pour des raisons de santé.
C’est lors de son retour définitif à Paris en 1950, qu’il devient conseiller artistique de la Compagnie Générale Transatlantique, fleuron de la navigation de croisière française à cette époque.
Cette affiche représente le paquebot S/S Colombie accostant aux Antilles.
Lancé en 1931 pour la Compagnie générale transatlantique, le paquebot Colombie fut réquisitionné durant la Seconde Guerre mondiale comme croiseur auxiliaire, transport de troupes et enfin comme navire-hôpital en 1945 avant que les Américains ne le restituent à la Compagnie Générale Transatlantique en 1946. Dans un premier temps, cette dernière continuera à l’utiliser comme tel en Indochine avant de le reconfigurer en paquebot, en 1948/1949, en vue de le positionner sur la ligne des Antilles.
Avant sa remise en service, le Colombie subit d'importantes transformations aux chantiers hollandais de Schelde. On supprima ses deux cheminées cylindriques, remplacées par une unique cheminée profilée, et on le dota d'une nouvelle capacité en passagers. Il put reprendre la route des Antilles le 12 octobre 1950 pendant 14 années consécutives.
Les lignes des Antilles et de l'Afrique du Nord, malgré l'importance croissante du transport aérien, réussissent à bénéficier d'une clientèle stable. La direction de la Transat, et en particulier son président Jean Marie, restent cependant persuadés que l'avion et le paquebot sont appelés à avoir des rôles complémentaires, l'un proposant un transport rapide, et l'autre un voyage confortable pour des passagers plus nombreux. Les chiffres semblent, dans un premier temps, lui donner raison. Le nombre de passagers augmente, et la part de l'avion reste modérée.
Le 4 novembre 1956, le Colombie heurte le quai des Tourelles à Fort-de-France. Remis en état à Porto-Rico, il reprend son service en janvier 1957 ; jusqu’en 1961 où il est réaménagé pour le transport du contingent antillais faisant son service militaire en métropole. Vendu à une compagnie grecque en 1964 il finit par être démoli en 1970.
Pour promouvoir ses traversées, la Compagnie Générale Transatlantique (CGT), connue sous le nom de « La Compagnie Française » (French Line), fait appel à plusieurs affichistes, dont Édouard Collin, qui s'était déjà illustré avant-guerre dans le domaine de l'affiche publicitaire.
L’affichiste représente le Colombie à son arrivée aux Antilles, accueilli par une foule joyeuse, exubérante. Face au géant des mers, l’allégresse est générale, renforcée par la gamme colorée des vêtements, fruits, végétaux et animaux tropicaux. Bananiers, régimes de dattes, oiseaux virevoltants et madras multicolores composent l’image « doudouiste » des Antilles, destinée à promouvoir une destination exotique et qui continue de convoquer en métropole un imaginaire très éloigné des réalités dénoncées par Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme.
Cette affiche, qui illustre la reprise de l’activité transatlantique entre la métropole et les Antilles dans l’immédiate après-guerre, sera présentée dans la prochaine exposition du Musée d’Aquitaine en 2025 intitulée Le monde d'après, 1944-1954.
Adeline Falières
Bibliographie :
Gilles Barnichon, Le paquebot Colombie, Archives maritimes.
Marthe Barbance, Histoire de la Compagnie Générale Transatlantique : un siècle d'exploitation maritime, Arts et métiers graphiques, 1955.
Carte postale du 4e siège de La Rochelle 1944-1945.
FIN du SIEGE de LA ROCHELLE suite à la capitulation du 3e Reich.
Lettre familiale témoignant du quotidien vécu à la Libération de l’Aquitaine.
Bordeaux et l’Aquitaine sont libérées de l’occupant nazi à la fin du mois d’août 1944. Mais les « poches » de l’armée allemande à La Rochelle, au Verdon et à Royan sont assiégées pendant des mois. La Rochelle est libérée le 8 mai 1945, après la capitulation du Troisième Reich. Dès ce jour, la Poste fonctionne à nouveau. Le 8 mai, une femme rochelaise adresse cette carte postale à sa mère résidant à Podensac, et lui donne pour la première fois des nouvelles, après des mois d’isolement et d’inquiétude : « Chérie Maman en vitesse de gros baisers. La poste est ouverte pour la 1re fois. Envoie-moi des nouvelles. Je t’écrirai plus longuement demain […] »
Ce témoignage individuel s’inscrit dans l’histoire collective : celle des inquiétudes de la longue sortie de guerre, mais aussi celle de la reconstruction. Imprimée à La Rochelle dès le jour de sa Libération, la carte est vendue au profit des « prisonniers de guerre de La Rochelle », dont le retour de captivité est une priorité.
Elle est marquée aux armoiries de la Ville, mais aussi à la croix de Lorraine, symbole fédérateur de restauration de la République. Acquise par l’association des Amis du musée d’Aquitaine en 2024, cette carte est un émouvant témoignage de ce moment-clef marquant la libération complète de la France, près d’un an après le débarquement des Alliés sur les plages normandes.
Elle sera présentée en 2025, dans le cadre de l’exposition « Le monde d’après » consacrée aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.
Romain Wenz, Responsable du Centre national Jean Moulin.
N° inventaire - CJM 2024.1 photo Lysiane Gautier - ville de Bordeaux
Médaille évoquant l’épisode de la Saint-Barthélemy en 1572
Bronze / 53 mm de diamètre / Poids : 65,59 grammes
Avers : Buste à droite, cuirassé et lauré, avec col fraisé de Charles IX de Valois. Titulature latine autour.
Inscription : CAROLVS • IX • D • G • FRANCOR • REX •. Traduction : Charles IX, par la grâce de Dieu, roi des Francs.
Revers : Hercule portant la peau du lion de Némée combattant de sa massue l’Hydre de Lerne, figure de l’Hérésie. En arrière plan une ville et la date à l'exergue.
Inscription : NE FERRVM TEMNAT SIMVL IGNIBs OBSTO / 1572. Traduction : De peur qu'il ne dédaigne l'épée, je lui oppose en même temps le feu.
Portrait présumé d'Isaac Louverture
Ecole Française du XIXe siècle
huile sur papier
45 x 35 cm
photo Lysiane Gautier - ville de Bordeaux
L' Adieu par Gustave Alaux (1887-1965),
huile sur toile, 50 x 61 cm.
Signé en bas à droite et titré au dos.
Photo L. Gautier, ville de Bordeaux
Cafés Prima Bordeaux- affiche publicitaire
Ernst Deutsch-Dryden (Vienne, 1887-Los Angeles, 1938)
Lithographie en couleurs
Joseph Charles, imprimeur, Paris
Vers 1926
140 x 100 cm
photo Lysiane Gautier - ville de Bordeaux
Pendule au matelot nubien
Début du XIXe siècle
Bronze doré et patiné, émail
photo Lysiane Gautier - ville de Bordeaux
Récapitulatif de l’État des troupes arrivées à Saint Domingue
entre le 15 Pluviôse de l’An X (4 Février 1802)
et le 1er Prairial de l’An XI (21 Mai 1803).
Manuscrit sur papier
Datation supposée : 1805
Dimensions : H. 645 mm, L. 480 mm
photo Lysiane Gautier - ville de Bordeaux